Ancien cinéma à Brest : l’Omnia-Pathé précède le Comœdia de plus d’un demi-siècle
Le plus ancien cinéma de Brest est l’Omnia-Pathé, inauguré en 1907, et non le Comœdia, devenu cinéma en 1962. Derrière ces deux noms se dessine une histoire faite de bombardements, de changements d’enseigne et de reconversions. Pour retrouver une salle disparue, il faut distinguer l’établissement, son bâtiment et ses différentes adresses : ils n’ont pas toujours traversé le siècle ensemble.
1907, le premier repère pour remonter l’histoire
L’Omnia-Pathé est présenté comme le doyen des cinémas brestois. Sa capacité annoncée de 1 100 places témoigne de l’envergure du lieu. Installé rue de Siam, il est détruit lors des bombardements de 1944. L’Omnia réapparaît en 1957, dans la même rue, mais à un autre numéro. Retrouver son nom sur deux documents ne signifie donc pas retrouver le même bâtiment.
Le Comœdia appartient à une autre période. Construit en 1949 comme théâtre, il devient une salle de cinéma de 500 places en 1962. Son architecture et sa présence dans le paysage culturel expliquent sa notoriété, mais ne lui donnent pas l’antériorité sur l’Omnia-Pathé.
D’autres établissements jalonnent les débuts du cinéma local : le Ketorza apparaît brièvement en 1910, tandis que le Luna Park est signalé pendant quelques mois en 1924. Ces passages rappellent qu’une histoire des salles ne se limite pas aux enseignes restées plusieurs décennies dans les souvenirs.
Une date d’ouverture doit toujours être qualifiée : inauguration du bâtiment, première projection, changement de nom ou reprise après-guerre. Cette précaution évite notamment de confondre l’âge d’un édifice avec la durée de son exploitation cinématographique.
Retrouver une salle : adresses et changements de nom
Quelques adresses permettent de commencer une recherche sur les anciens cinémas de Brest. Le tableau distingue les localisations précises des simples repères de rue. Il indique aussi le dernier usage documenté, sans présumer que chaque occupation se poursuit aujourd’hui.
| Salle | Localisation connue | Repères chronologiques | Devenir documenté |
|---|---|---|---|
| Omnia-Pathé | Rue de Siam, deux emplacements successifs | 1907 ; nouvelle ouverture en 1957 | Premier bâtiment détruit en 1944 |
| Comœdia | 35 rue du Château | Théâtre en 1949 ; cinéma en 1962 | Espace d’art ouvert en 2019 |
| Select | 143 rue Robespierre | Succède au Familia ; fermeture en 1968 | Théâtre de l’Instant à partir de 1983 |
| Siam | 5 rue Jean-Jaurès | Fermeture le 24 décembre 2001 | Magasin de vêtements jusqu’en 2018 |
| Paris, puis Mac Orlan | Recouvrance | 1959 ; nouveau nom en 1987 ; fin du cinéma en 2005 | Reconversion en théâtre en 2011 |
Le Siam illustre un piège fréquent : son nom ne correspond pas à sa rue. Ce cinéma de quatre salles se trouvait rue Jean-Jaurès. Après sa fermeture, un projet municipal d’utilisation a été abandonné, puis le bâtiment a accueilli un commerce de vêtements jusqu’en 2018, selon Actu.fr. Cette dernière date ne suffit pas à établir son occupation actuelle.
Pour identifier un lieu sur une photographie, cherchez son image jumelle : une vue prise avant la fermeture et une autre après transformation, depuis un angle comparable. L’alignement des fenêtres, la largeur de la parcelle et les bâtiments voisins sont souvent plus fiables que l’enseigne. À Brest, cette méthode doit toutefois tenir compte de la reconstruction : une continuité de nom peut masquer une rupture complète du bâti, comme pour l’Omnia.
Des écrans aux scènes : trois trajectoires de reconversion
Le Comœdia, du théâtre aux cimaises
Le Comœdia conserve une identité architecturale de théâtre à l’italienne, avec un style post-Art déco et des éléments décoratifs de Jean-René Debarre. La notice encyclopédique du lieu situe sa fermeture comme cinéma en 1991, tandis que Le Télégramme évoque le milieu des années 1980 pour le Comoedia. Ces indications ne doivent pas être fusionnées en une date prétendument certaine.
Après une restauration menée de 2017 à 2019, le lieu rouvre le 7 mars 2019 comme espace d’art. Cette transformation permet de lire autrement le bâtiment : le volume autrefois consacré au spectacle accueille désormais des œuvres, tout en conservant une partie de son caractère architectural.
Le Select et le Mac Orlan, deux continuités culturelles
L’histoire du Select est liée au Familia, détruit par un incendie dans la nuit du 18 au 19 septembre 1934. Selon la notice spécialisée consacrée au Select, celui-ci lui succède en 1934, ferme en 1968, puis accueille la troupe du Théâtre de l’Instant à partir de 1983. La disparition des projections ne signifie donc pas celle d’un usage culturel.
À Recouvrance, le Paris est inauguré le 16 mai 1959. Racheté par la Ville en 1982, il prend le nom de Mac Orlan en 1987. Son activité cinématographique cesse en 2005, avant sa reconversion en théâtre en 2011. Pour retrouver des archives du lieu, il faut rechercher ses deux noms successifs, faute de quoi une partie de son histoire reste invisible.
Guerre, incendies et multiplexe : des ruptures différentes
Les anciens cinémas brestois n’ont pas tous disparu pour les mêmes raisons. Les bombardements ont détruit l’Omnia-Pathé ; les incendies ont frappé le Familia et la Maison du peuple. Cette dernière, inaugurée le 10 février 1924, s’équipe d’un projecteur en 1935, avant l’incendie qui détruit sa salle en décembre 1938.
La reprise après-guerre constitue un autre jalon. Inauguré en 1941, le Vox est présenté comme la première salle à rouvrir en 1945. Pour le Saint-Martin et l’Eden, la chronologie demande davantage de prudence : Actu.fr situe l’ouverture du Saint-Martin en 1916, tandis que Le Télégramme donne 1936 pour la naissance de l’Eden. La réouverture de 1948 et la fermeture de 1983 sont d’autres repères, sans résoudre toutes les différences de dénomination.
Plus tard, les grandes salles se transforment. Le Celtic, annoncé à 2 000 places, est fragmenté en huit salles dans les années 1980. Le Club, dont Actu.fr situe la première séance à Noël 1982 et auquel Le Télégramme attribue sept salles, ferme en juillet 2005. La concurrence du multiplexe est mentionnée comme un facteur de cette fermeture, mais elle ne saurait expliquer rétrospectivement toutes les disparitions.
Les salles de quartier, une mémoire à documenter
À côté des grandes enseignes, les cinémas de patronage ont participé à la vie culturelle locale. Des ouvertures sont signalées entre 1920 et 1925, puis leur activité s’efface dans les années 1960. Les projections pouvaient reposer sur 10 à 12 bobines de 10 minutes, transportées entre salles par des coursiers afin de mutualiser le coût des films.
Le Xénon représente une autre forme de proximité : ce petit cinéma d’art et d’essai ouvre en 1980 dans les nouveaux locaux du Patronage laïque du Bergot. L’Avenir, décrit comme une salle rock’n’roll dans les années 1970, est détruit en 2010. Les noms Armor, Olympia, Zoom, Les 2 Zen ou Cinéma des familles complètent ce paysage, sans disposer tous d’une chronologie aussi précise.
Pour poursuivre une recherche, les Archives municipales de Brest, la publication de Jean Le Goualch Du Termaji au cinémascope et les travaux autour de l’exposition Mémoires de cinémas constituent des pistes documentaires. Un souvenir gagne à être accompagné d’un billet, d’un programme ou d’une photographie datée. Le nom utilisé à l’époque, la rue et la période approximative permettent alors de relier la mémoire personnelle à l’histoire vérifiable d’une salle.



